Economie

 

Quelques idées sur la crise économico financière de 2009

(In English bellow too…)

La crise financière actuelle, combinée à une crise économique dans « l’économie réelle », n’est plus probablement seulement que la partie visible de l’iceberg d’une évolution structurelle beaucoup plus profonde dans l’économie. L’observation de cette crise comme un phénomène purement financier va peut-être mener à une solution à court terme des problèmes sans vraiment adresser les problèmes sous-jacents : « Nous ne pouvons pas résoudre des problèmes en utilisant le même mode de pensée que nous utilisions quand nous les avons créés. » Albert Einstein.

Bien qu’il y ait quelques similitudes entre la crise actuelle et la grande dépression 1929, les solutions utilisées dans les années trente pour un retour de l’économie à la prospérité à cette période ne suffiront certainement pas à résoudre le problème de manière durable dans la situation présente.

Au moins deux aspects sous-jacents de la crise économique devraient être abordés :

  1. 1.     L’accroissement de la rapidité d’évolution de l’innovation technologique
  2. 2.     L’écart croissant entre économies riches et économies sous-développées.

 

C’est en effet en partie la faiblesse des cadres réglementaires du système financier international au niveau des échanges qui a créé les problèmes majeurs de la situation mondiale actuelle et les désastres des bourses et des banques. Cependant plusieurs autres facteurs plus structurels ont aussi contribué à la détérioration de la situation depuis plusieurs décennies, indépendamment de périodes dramatiques ou apparemment fructueuses à court terme (voir les nombreuses « bulles financières » récentes).

  1. 1.     L’accroissement de la rapidité d’évolution de l’innovation technologique

Un de ces aspects est l’incertitude sur les investissements futurs, liée à l’accélération de l’évolution des Technologies de l’information et des Communications(TIC). Ce mouvement n’est pas récent, il oriente l’ensemble de l’économie et de la société plus généralement, depuis les années soixantes avec l’apparition des technologies de l’information (Moore 1965, Kurzweil 2001). Ce mouvement de fond lié aux innovations informatiques, à son tour, modifie en profondeur la structure entière et l’évolution des entreprises industrielles et des organisations de services (Gelsinger 2006). Les marchés et des règlements ne peuvent pas faire face à ce taux exponentiel de changement: de nouveaux produits sortent avant que l’équilibre offre/demande ne soit atteint et/ou de nouveaux mécanismes de régulation, adapté à cette évolutions soient mis en place.

Cette difficulté à prévoir intelligemment l’avenir industriel et les tendances dans les services a conduit de nombreux investisseurs à s’éloigner des investissements productifs dans l’industrie ou les services pour se concentrer sur les produits purement financiers qu’ils ont à tort pensé être plus prévisibles.

De plus la même technologie qui rend la prédiction future plus dangereuse, a aussi permis à la planète l’accès généralisé et plus rapide à d’importantes transactions financières au niveau planétaire, par le truchement des technologies avancées et de la facilité à utiliser les réseaux (Hitz Turroff 1978), rendant ici aussi l’équilibre du marché beaucoup plus volatil et soumis à des phénomènes de foules au niveau mondial[1].

 L’incertitude, d’un autre côté, vient de la définition de travail qui change presqu’aussi rapidement que ne le font les technologies. Les emplois semblent aussi disparaître plus rapidement que de nouveaux emplois ne sont créés et sont remplacés par des emplois exigeant des compétences plus élevées que les jobs liés à un modèle plus classique de l’économie de l’industrie et des services. En réalité même quelques emplois jusqu’ici considérés comme exigeant compétences de haut niveau ont été délocalisés dans des pays à la main d’œuvre en col blanche bon marché, ayant toutefois des compétences équivalentes en matière de haute technologie ou purement remplacés par des systèmes d’information avancés automatiques.

Tout ceci entraine une augmentation du niveau d’incertitude parmi tous les agents économiques.

L’incertitude n’est jamais favorable à l’économie, conduisant à la perte de confiance et menant « à la « trappe à liquidité » (Keynes 1936), tandis que le risque, qui peut être mesuré en termes de probabilité, peut déclencher des nouvelles occasions d’affaires et des taux profit élévés  (Knight 1921).

L’évitement de l’incertitude a été expérimentalement observée pour des comportements humains plus généraux (Camerer 2005). La meilleure façon de se battre contre l’incertitude est de développer des systèmes qui produisent de l’information, au sens scientifique de ce terme : L’information c’est ce qui réduit l’incertitude (Brillion 1962, des Moles 1965) en limitant le nombre de résultats possibles dans une situation aléatoire donnée. De telles informations transforment l’incertitude en risque, avec des probabilités mesurables. (Trehin 1985,2001) 

  1. 2.     L’écart croissant entre économies riches et économies sous-développées.

On peut expliquer l’écart croissant entre des économies pauvres et riches par plusieurs facteurs : la détérioration des termes de l’échange pour des produits de base conditionne la baisse des revenus et entraîne un affaiblissement des investissements industriels et de services dans les pays pauvres. Les conditions de travail désastreuses liées à un manque presque complet de protection sociale et la sous évaluation des taux de changes amplifient les altérations des mécanismes du marché, réduisant encore les  niveaux de rémunération du travail pourtant déjà très bas.

Les taux de change monétaires entre les économies riches et les économies pauvres sous évaluent très souvent les monnaies des pays pauvres face à celle des pays forts ce qui ne fait qu’aggraver les différentiels des prix entre les systèmes de production des pays riches et des pays pauvres.

Ceci affecte autant les pays riches que les pays pauvres. 

– Les pays riches sont affectés par des coûts de la main-d’œuvre inférieurs et la protection sociale moindre dans les pays plus pauvres, entraînant les deux phénomènes: la concurrence déloyale et les délocalisations de production. Très récemment des emplois fortement qualifiés aussi ont été impactés par cette situation. Bien que quelques théories libérales prétendent que des mécanismes du marché s’occuperont du phénomène et compenseront les suppressions d’emploi dans des économies développées, « Selon une perspective évolutionniste, la délocalisation est un aspect d’un processus de destruction créatrice qui aboutit aux altérations réelles et au de là au déséquilibre du marché. Donc, même dans un environnement compétitif, la délocalisation peut être associée à un taux croissant de chômage et le rendre nécessaire pour les autorités publiques de combiner la politique structurelle et macro-économique, la première n’étant efficace que si la seconde est orientée vers la croissance. « (Gaffard Quéré 2005)

– Les pays pauvres sont directement affectés par la diminution des revenus liée à la baisse des prix pour des marchandises de base exportés et par des conditions extrêmement difficiles de travail. Ils sont aussi impactés indirectement comme ils ne peuvent pas se permettre l’achat des marchandises de pays riches, en particulier dans l’investissement dans des technologies avancées, étant donné leur revenu bas et le taux de change défavorable qui n’indemnise pas l’avantage commercial qu’il leur donne en vendant leurs produits.

– La diminution du pouvoir d’achat dans les pays pauvres impacte aussi le potentiel d’exportation des pays développé. De Plus la baisse des salaires dans des pays développés réduit encore le pouvoir d’achat de citoyens de revenu bas et moyens même dans ces derniers pays. D’où un effet cumulatif à long terme de la crise.

La plupart des politiciens et des commentateurs médiatiques se sont concentrés sur l’aspect des mesures financières qui devraient être prises pour remettre en ordre les dysfonctionnements de l’économie mondiale. Il devrait y avoir une approche plus profonde à la crise actuelle : le besoin non seulement de restructurer l’ensemble du marché financier mondial, mais aussi tout le système des échanges commerciaux devrait être adapté aux nouvelles conditions économiques et technologiques.

 

Tant les systèmes de règlements financiers que les règles des échanges commerciaux doivent être repensé afin de prendre en compte la nouvelle situation économique et sociologique créée par l’évolution technologique plus rapide que jamais, couplée avec la mobilité potentielle extrême des populations et du capital.

 

 

Références

L. Brilloin, « Science and Information Theory« , NY Academic Press 1962

C.F. Camerer, M. Hsu, M. Bhatt,R. Adolphs, D. Tranel, “Neural Systems Responding to Degrees of Uncertainty in Human Decision-Making” Science 9 December 2005: Vol. 310. no. 5754, pp. 1680 – 1683

EU Commission, “Directive on the promotion of energy from renewable sources – Citizens’ Summary”, January 2008,  http://ec.europa.eu/energy/climate_actions/doc/2008_res_citizens_summary_en.pdf 

J.L. Gaffard, M. Quéré, « Délocalisations : simple affaire de concurrence ou problème de politique économique ? », Revue de l’OFCE 2005- 3 (no 94)| ISSN 1265-9576 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7246-3024-6 | pp 193 à 210

P. Gelsinger, The Technical Impact of Moore’s Law”, IEEE solid-state circuits society newsletter September 2006, pp18

Hiltz and Turoff, « The Network Nation« , Addison Wesley, 1978                                                                           

C. Kang, “Telecom Warily Waits on ‘Wired‘ President”,Washington Post Friday, Nov.14, 2008 http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/11/13/AR2008111303830_pf.html

J.M Keynes, « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », 1936, trad. fr. 1969, rééd. Payot, coll. « Bibliothèque scientifique », Paris 1998

F.H. Knight, Risk, Uncertainty, and Profit”, Boston, MA: Hart, Schaffner & Marx; Houghton Mifflin Co. 1921, (New edition, Cosimo Inc. NY 2005)

R. Kurzweil, « The Law of Accelerating Returns« . KurzweilAI.net. (2001)

S. LOHR, “I.B.M. Has Tech Answer for Woes of Economy”,  November 6, 2008, http://www.nytimes.com/2008/11/06/technology/business-computing/06blue.html

A. Moles,  « Théorie Structurale de la Communication et Société« , in « Le Concept d’Information dans la Science Contemporaine« , Les Cahiers De Royaumont, Gauthier Villars, 1965                               

M. de Montaigne« Les Essais« , adaptation en français moderne par Claude Pinganaud – éd. Arléa 2002

G.E. Moore, « Cramming more components onto integrated circuits« ,  Electronics Magazine (1965). Retrieved on 2006-11-11

E. Shannon & W. Weaver, « The Mathematical Theory of Communication« , The University of Illinois press, 1969 (1949 first ed)                         

S. Waddington, A Memorandum on Lifelong Learning Response from the Consultations carried out by NIACE from UK NGOs working in the field of Adult Learning”, NIACE 2001

Références additionnelles disponibles sur mon site web:

P  Trehin, “The Move from Data Processing to Information Processing” 12-1985, Unpublished research

P  Trehin, “La Nouvelle Economie, Cybermythe ou Hyper réalité ?” Unpublished research 2001

P  Trehin, Tentative de Théorie Informationnelle de la valeur”, Unpublished research 2001

(Available on my website http://www.autisme-prehistoire.com  follow link L'économie et l'information)
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Un commentaire pour Economie

  1. En complément des difficultés à prévoir l’avenir industriel avec la rapidité de l’évolution technologique, un article évoque le redressement poussif de l’économie après la récession 2008-2009, l’insuffisance de l’accumulation du capital lié à l’investissement, le chômage structurel :
    « La dette publique, ce n’est pas l’ennemi public » de James Bradford DeLong @delong : http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/j-bradford-delong/221143977/dette-publique-nest-lennemi-public?xtor=EPR-1500-%5BNL_meilleurs_articles_hebdo%5D-20120301-%5Baccueil%5D

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